Histoire de l'art : Les Lumières et le Rococo

France du XVIIIème siècle : peinture et sculpture

 

Le siècle des Lumières

-   Devant la poussée des libertés prônées par les philosophes du 18ème siècle (le siècles des Lumières des philosophes : Rousseau, Diderot, Voltaire…) la notion de « grande manière » de l’art classique français (avec sa pompe et son apparat) va en se dégradant.
-   Le goût se doit désormais de devenir une affaire personnelle et non dictée. Un changement s’amorce. La peinture devient un des moyens d’exprimer cette façon sensible.
-   Mais face au pouvoir en place, l’expression picturale du libre arbitre et de la richesse individuelle n’a qu’un échappatoire : se cacher derrière des déguisements, des travestis, le recours à la mythologie vue non plus sous l’angle de la gloire, mais sous celui de l’amusement, de la licence.
-   Ainsi Nattier représente Mademoiselle de Clermont en nymphe des eaux, ce qui lui permet sous cet artifice mythologique d’exprimer une sensualité et une coquinerie alors interdite.


Nattier : Mademoiselle de Clermont


Coypel : l'évanouissement d'Attalide

-   Ces mises en scène factices, les costumes, l’ornement, les airs de fête, deviennent une hypocrisie décorative destinée à dissimuler la vérité des personnages et de la vie. Tout : dorures, festins, promenades… ne sont qu’illusion…

 
Peinture : Watteau, ou l'art du travesti

-   Dans cette mouvance de la représentation de l’illusion, Watteau est celui qui exprime le mieux la fugacité du temps, à travers des personnages qui ne livrent leur vérité profonde que sous le couvert de travestis (par des représentations de divertissements, de personnages de comédie, de promenades, de déguisements…).


Watteau : Les plaisirs de la danse


Watteau : L'Indifférent

-   A travers la représentation de l’amour (conversation dans un parc, personnages de comédie, promenades…), Watteau exprime sous une forme intimiste, un mode de vie idéal dans lequel les femmes semblent inaccessibles, les relations factices et l’érotisme intellectuel.
-   Ainsi, dans « L'Indifférent », le personnage semble oisif frivole semblant vivre sa réalité dans une illusion qui nous échappe.

-   Cette fugacité du temps est particulièrement prégnante dans « L’Embarquement pour Cythère ». Que se cache-t-il derrière ce cortège d’un couple d’amants (le même à des moments différents) qui déroule ses hésitations, ses abandons, et finalement un achèvement non exprimé ?


Watteau : Embarquement pour Cythère

 
Peinture : l'art du portrait

-   L’art du portrait (après les représentations conventionnelles du carcan artistique imposé par Louis XIV) répond parfaitement à l’émancipation de l’individu en ce XVIIIème siècle philosophe, et au désir de trouver plus d’authenticité dans le rendu du modèle.
-   De ce fait, le portrait atteint sa plénitude jusqu’alors rarement exprimée. Désormais le sujet devient vrai, naturel, humain, même si par précaution politique, le travestissement  reste un recours.


Quentin de La Tour : Autoportrait


Quentin de La Tour : Marie Fel

-   Ainsi, Quentin de La Tour représente ses modèles dans des attitudes naturelles et pleines de vie, évacuant toute coquetterie au profit d’une vérité qui se veut entière.
-   Dans cette optique, il va jusqu’à abandonner la peinture à l’huile au profit du pastel (technique plus légère et caressante), représentant non seulement les aristocrates (l’habitude), mais également les actrices, les hommes de lettres, etc. (la nouveauté).

-   Elisabeth Vigée-Lebrun est l’autre grande portraitiste du XVIIIème siècle. Son désir de rendre la vérité est poussé à l’extrême : gestes tendres, gentillesse touchante, tenue vestimentaire décontractée (parfois à la mode antique romaine), etc.
-   Néanmoins, les poses affectées, les visages qui font semblant d’être sincères, semblent indiquer que les apparences pourraient être en fait trompeuses (cela rappelle Watteau et annonce Greuze).


Elisabeth Vigée-Lebrun :


Elisabeth Vigée-Lebrun : Mme Vigée-Lebrun et sa fille

-   Dans cet autoportrait « Mme Vigée-Lebrun et sa fille », le retour à la nature (selon le philosophe Rousseau) et celui vers l’antiquité romaine (l’habillement) est manifeste.

 
Peinture : la peinture galante

-   L’érotisme (inspiré par le Régent puis par Louis XV) tient une place essentielle dans la peinture du XVIIIème siècle.
-   François Boucher (favori de Mme de Pompadour, maîtresse de Louis XV) en est une figure majeure.
-   Avec ses sujets romanesques ou mythologiques (prétexte artistique), il peint l’amour dans toute sa nudité à travers :
   * Des nus raffinés.
   * Des galbes harmonieux et précis.
   * Des modelés lumineux.
   * Des carnations nacrées.


François Boucher : Diane au retour de la chasse


François Boucher : L'Odalisque brune

-   Son art vise non à émouvoir, mais à embellir les lieux d’une société aristocratique libertine en exaltant la femme, le plaisir, la volupté (mais toujours sans intention grivoise).
-   Son coloris est brillant. Les tons sont peu nombreux mais diversement nuancés par des accords subtiles (corps bruns des hommes et chairs nacrées des femmes ; eaux vertes et feuillages bleutés ; etc.)

-   Ainsi, dans « Diane sortant du bain » dont la composition est d’une exécution délicate et lumineuse, les tons verts et bleus du paysage et de la draperie mettent en valeur les carnations blondes et roses des 2 femmes.


François Boucher : Diane sortant du bain


Greuze : La Cruche cassée

-   Chez Greuze, l’érotisme se révèle ambigu. En peignant des anecdotes qui se veulent ingénues, il dissimule des arrières pensées plus que coquines.
-   Ainsi, dans « la Cruche cassée », à travers un faux-semblant d‘innocence on sent

-   Il en est de même dans « La Jeune Fille qui pleure son oiseau mort », dans laquelle sourd dans les gestes et le regard de la jeune fille, une certaine perversité.


Greuze : La Jeune Fille qui pleure son oiseau mort


Fragonard : l'Escarpolette

-   Fragonard, dans la continuité de Boucher, sait exprimer la comédie libertine du siècle.
-   Ainsi, dans « l'Escarpolette », tout concourt à créer une atmosphère de sensualité :
   * La végétation luxuriante.
   * Les couleurs tendres qui isolent la jeune femme.
   * L’escarpin qui s’envole d’une façon provocante.

-   Mais en ajoutant un air poétique et mystérieux, Fragonard se détache du pur libertinage de Boucher, et annonce le romantisme du XIXème siècle.
-   Ainsi, dans « les Baigneuses », sous l’apparent dévergondage proposé, la composition apparaît en fait d’une rigueur toute artistique (par exemple, la continuité entre les courbes des corps et du feuillage crée une arabesque qui englobe la composition).


Fragonard : les Baigneuses


Fragonard : Renaud dans le jardin d'Armide

-   Techniquement, son coup de pinceau est fougueux, fluide et lumineux, se défaisant des ombres caravagesques.
-   Avec ses ciels et ses feuillages animés, une poétique nouvelle annonce le romantisme du 19ème siècle.
-   « Renaud dans le jardin d’Armide », avec ses touches nerveuses et ses courbes qui semblent mousser sous la touche rapide du pinceau, en est un bel exemple.

 
Peinture : la peinture naturaliste et animalière

-   En ce siècle philosophique qui cherche à retrouver les valeurs de l’Homme (voire Rousseau), la vérité vraie à exprimer sans équivoque devient l’apanage de certains peintres. C’est quelque part un regain d'intérêt donné aux frères Le Nain et aux artistes hollandais qui avaient ouvert la voie au siècle dernier.
-   Ainsi, Chardin cultive la nature morte dans sa plus pure simplicité. Les objets qu’il assemble ne sont que ce qu’ils sont, concrètement et réellement, sans arrière pensée.


Chardin : Nature morte au chaudron de cuivre


Chardin : L'enfant au toton

-   Même dans ses portraits, il se veut réaliste, proche de l’humain, du quotidien, loin des attitudes conventionnelles et des scènes anecdotiques chères aux peintres galants de la noblesse.

-   Jean-Baptiste Oudry, peintre animalier, donne une grande place à la nature, intégrant les animaux qu’il peint dans des paysages très présents.
-   Curieux du moindre détail, il surcharge les toiles de :
   * Ses scènes de chasses, dont le décor devient un « jardin anglais » bien plus fou que le « jardin à la française » de Le Nôtre.


Jean-Baptiste Oudry : Chasses de Louis XV


Jean-Baptiste Oudry : Nature morte aux oiseaux

   * Ses natures mortes riches en victuailles.

-   Hubert Robert quant à lui, se tourne vers les ruines antiques que l’on redécouvre perdues dans les paysages d’Italie, de Provence et du Languedoc.


Hubert robert : Le port de ripetta


Hubert robert : Jardin

-   Avec ces éléments divers de nature et d’architecture antique, il compose des paysages de pure fantaisie, baignés de mélancolie.

 
Sculpture

-   Les sculpteurs, tout comme les peintres, en cherchant à rendre la vérité deviennent de plus en plus naturalistes.
-   Ainsi, Guillaume Coustou ne se contente pas de relater un évènement, mais à insuffler vie et force à ses sculptures.
-   Dans ses « Chevaux de Marly » (2 chevaux échappés, arrêtés par des palefreniers) il traduit de façon saisissante le mouvement des corps et des crinières, la force sauvage des chevaux, la lutte effrénée de l’esclave…


Coustou : les Chevaux de Marly


Houdon : Voltaire assis

-   Le portraitiste Jean-Antoine Houdon, avec sa recherche du rendu de la personnalité de ses modèles, est dans cette lignée naturaliste.
-   Son « Voltaire assis » met ainsi en évidence la vive intelligence et la malice du philosophe.

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Proposé par Frédéric BARRON

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