Histoire de l'art : 2ème Renaissance

Venise : peinture du XVIème

 

Giorgione

-   Giorgione est le 1er peintre vénitien à exprimer les sentiments de ses personnages avec une crudité presque « érotique », détachée des ornements médiévaux.
-   Dans ses paysages, l’utilisation d’un certain « sfumato » de la lumière (emprunté à Léonard de Vinci), rend fascinantes les ombres. Ici tout palpite de vie, de sensibilité, voire d’un romantisme précurseur.
-   Ainsi, dans la « Vénus endormie » allongée sur un drap au milieu d’un paysage (érotiquement très suggestif), l’harmonie se rapproche des marbres de l’Antiquité (elle sera reprise par Titien, Vélasquez, Goya, et même Manet).


Giorgone : Vénus endormie


Giorgone : Tempête

-   Dans la « Tempête » (1505),  le paysage fantastique parsemé d’arbres et de tours, surplombé par un fougueux ciel nuageux, exacerbe la nudité de la femme animée d’une certaine impression érotique.
-   On croirait se trouver dans une vision de rêve, où le nu de la femme se confond avec le paysage déchaîné crépusculaire.

-   Le « Concert champêtre » (plus tard repris par Titien, puis par Manet dans « le Déjeuner sur l’herbe ») surprend également par son érotisme latent, magnifié par un paysage qui palpite de vie et de sensibilité (ce qui caractisera désormais la peinture vénitienne).


Giorgone : Concert champêtre

 
Titien


Titien : L'Amour sacré et l'Amour propane

-   Titien poursuit le chemin tracé par Giorgione (sensibilité, naturalisme, etc.). Mais très vite sa peinture prend un aspect moins pathétique, plus réaliste. Avec lui, les personnages sont exprimés dans la plénitude de leur vérité ; et la couleur mise en avant, magnifiée par des effets de lumière.
-   « L’Amour sacré et l’Amour profane » (1515 - dont la disposition rappelle les frises classiques), avec ses personnages animés d’un mouvement souple et fluide,  avec son paysage réaliste vibrant d’une lumière crépusculaire, avec ses délicats coloris fondus et harmonieux, donne une vibrante impression de vie jamais atteinte en ce siècle.
-   A la même époque, « Flora », est d’une beauté qui se veut idéale, aux formes sensuelles caressées par une lumière dorée limpide qui glisse sur la chair.


Titien : Flora


Titien : Le Triomphe de Bacchus et d'Ariane

-   Devenu à la mode, pour répondre à la demande Titien peut abandonner les tons crépusculaires au profit d’une lumière éclatante.
-   Ainsi, « le Triomphe de Bacchus et d’Ariane » (1516) est un chant d’allégresse dont les anciens mythes s’y trouvent rajeunis par des personnages d’une sensualité naturelle, par un ciel animé et pourtant doux, et surtout par un rythme ondulant et un chromatisme lumineux qui unissent les personnages à la nature.

-   « Vénus et Adonis » brille également d’une gamme chromatique pailletée de lumière qui unit personnages et paysage.


Titien : Vénus et Adonis


Titien : Vénus et l'Amour

-   Tout en affirmant sa personnalité au fil des ans, Titien revient régulièrement aux ambiguïtés sensuelles de Giorgione.
-   Ainsi, sa « Vénus et l’Amour avec un joueur d’orgue » (1548), non seulement vibre d’une note poétique, mais de plus d’un latent érotisme giorgionesque.
-   Remarquons que le vaste paysage crépusculaire ouvert sur la perspective du fond amplifie les sentiments ambivalents du spectateur.

-   La « Vénus d’Urbino », dont la pose rappelle la « Venus endormie » de Giorgione, est mise en valeur par le fond sombre et la blancheur des draps.
-   En dépit d’une harmonie savante, l’ensemble dégage une impression de naturel que renforce la présence des 2 servantes.


Titien : Vénus d'Urbino

 
Véronèse

-   Avec Véronèse, la peinture devient l’expression grandiose des fastes de Venise. Tout y concourt : lumière claire ; couleurs lumineuses ; architecture théâtrale ; paysages sublimes ; construction scénographique du tableau ; richesse vestimentaire…
-   Dans « Moïse sauvé des eaux », avec ses couleurs claires nuancées de vert (le vert Véronèse) et son paysage omniprésent, la scène biblique n’est plus qu’un prétexte à une brillante évocation de la Venise du XVIème siècle.


Véronèse : Moïse sauvé des eaux


Véronèse : Esther et Assuérus

-   Véronèse a un don inné de la scénographie, ce qui l’amène à enrichir ses toiles de balustrades, de colonnades en perspectives régulières, de balcons et de galeries, à travers lesquels on aperçoit la foule qui contemple la scène centrale du tableau, presque noyée dans la foule des personnages secondaires.
-   « Esther et Assuérus », aux tons chauds comme un soir d’été, en est un bel exemple.


Véronèse : Le Repas chez Lévi

-   « Le Repas chez Lévi » (1573) est une très vaste composition dont le thème religieux n’est qu’un prétexte à une représentation théâtrale illustrant les fastes de Venise.
-    Avec ses personnages secondaires, son architecture grandiloquente, et son paysage grandiose, tout est ici magnificence de la joie des sens
(tout comme dans «  Les Noces de Cana »).


Véronèse : Les Noces de Cana (détail)

 
Tintoret

-   Le Tintoret clos la trilogie des peintres illustres de Venise au XVIème siècle. Avec ses nus omniprésents, ses couleurs riches, et sa lumière très travaillée, il est dans la continuité de Titien et de Véronèse.
-   Par contre, chez lui explose une fougue virulente qui « angoisse » ses tableaux par :
   * Des milliers de figures aux formes agitées et convulsives.
   * Une clarté artificielle faite de halos lumineux et d’ombres profondes.
   * Des raccourcis angoissants.
   * Une vision d’un monde irréel, presque surnaturel.


Tintoret : Saint Marc sauvant un sarrasin


Tintoret : Scuola di San Rocco

-   Le cycle de peintures qu’il réalise pour la Scuola di San Rocco (1564-1587) en est une parfaite illustration. Son « Moïse faisant jaillir l’eau » (qui rappelle Michel-Ange), regorge d’audacieux raccourcis qui semblent emportés par un tourbillon.

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Proposé par Frédéric BARRON

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