Histoire de l'art : Le Baroque

France : Le Grand Siècle classique

 

Architecture : l'incursion du baroque italien

-  Sous le règne de Louis XIV (monarque absolu qui pour diriger la création artistique crée des Académies de peinture, de sculpture et d’architecture destinées à produire un art officiel), l’architecture s’oriente vers le style « classique » bien plus rigoureux et imposant que le baroque italien émotionnel.
-   Ici l’église Saint-Paul Saint-Louis où s’affrontent style baroque (coupole ; volutes…) et classique (rigueur géométrique…).


Eglise Saint-Paul Saint-Louis


François Mansart : Val-de-Grâce

-   Néanmoins, au début du 17ème siècle la France n’est pas restée en marge du baroque omniprésent en Europe.
-   Ainsi, l’église du Val-de-Grâce (commencée par François Mansart) suit un schéma baroque avec son plan central entouré de 3 absides semi-circulaires, et surtout sa grandiose coupole aux lignes courbes et aux surfaces concaves.

-  Avec l’Académie française (1662 - par Louis le Vau) la confrontation entre baroque italien et classicisme français vit ses derniers feux.
          * Baroque italien :
-   Coupole posée sur un haut tambour.
-   Avant corps concave en hémicycle.
          * Rigueur classique :
-   Fronton triangulaire du porche d’entrée.
-   Colonnade ordonnée.
-   Pavillons d’angle très classiques.


Louis le Vau : Académie française

 
Architecture : le classissisme à la française

-   Dans le Marais à Paris (dès les années 1620) de nombreux hôtels particuliers expriment en architecture, une certaine rigueur classique.
-   Ainsi, l’Hôtel de Sully (1629 – par Jean du Cerceau) offre dans une composition claire et sans les remous du baroque, des proportions équilibrées et rigoureuses.


Jean du Cerceau : Hôtel de Sully


Claude Perrault : Colonnade du Louvre


Claude Perrault :
Colonnade du Louvre

-  Mais pour Louis XIV, monarque absolu, la création artistique doit être au service de sa grandeur. Dans cette optique il favorise la création d’Académies de peinture, de sculpture et d’architecture. En architecture, dès 1661 (arrivée de Colbert au affaires) Louis XIV impose une orientation classique et monumentale où dominent les lignes droites et une ordonnance rationnelle.
-   La colonnade du Louvre qui annonce Versailles (par Claude Perrault), est la 1ère grande œuvre qui répond à ces exigences. On y remarque :
   * Une monumentalité implacable à la composition résolument horizontale.
   * Une gigantesque galerie placée au-dessus d’une base lisse, mise en valeur par 3 avant-corps (1 au centre, 2 aux extrémités).
   * Une extraordinaire
enfilade de colonnes réunies par paires.

-   En final, le château de Versailles, construit autour d’un pavillon de chasse de Louis XIII, réunit toutes les caractéristiques du classicisme français.
-   En 1er lieu, Le Vau ajoute au petit château de Louis XIII, 2 ailes pour encadrer la cour centrale (la Cour de marbre).


Château de Versailles


Château de Versailles

-   Mais lorsque vers 1660 Le Vau érige la façade sur les jardins (qui comporte « la Galerie des Glaces »), et puis Jules Hardouin-Mansart (à partir de 1678) les 2 immenses ailles sur le jardin, le classicisme à la française s’impose avec comme pour la colonnade du Louvre :
    * Un esprit rigoureusement géométrique.
    * Une monumentalité et un rythme répété.

-   Le Grand Trianon à Versailles (plans de Jules Hardouin-Mansart), destiné à l’organisation de grandes réceptions, se compose de 2 pavillons reliés par une colonnade ouverte, le tout d’une rigueur classique digne du style du Grand Siècle.


Versailles : Le Grand Trianon

 
Jardin classique à la française

-   L’architecture royale de Louis XIV est indissociable du « Jardin classique à la française ».


Versailles : jardins


Versailles : jardins

-   C’est à Versailles que Le Nôtre instaure alors ses règles :
    * Un plan géométrique et froid.

    * Une grande perspective infinie et rectiligne face à la façade principale du château.


    * De grands fontaines agrémentées de jets d’eau et de sculptures.

    * Des bosquets dans lesquelles trônent des statues mythologiques.


Versailles : jardins

 
Sculpture

-   La sculpture française au début de la 2ème partie du XVIIème siècle se rapproche généralement du baroque italien du Bernin.
-   Ainsi, dans les jardins de Versailles, les sculptures sont proches du style baroque animé et dramatique. On peut le remarquer sur cette sculpture toute en courbes de François Girardon (« Enlèvement de Proserpine par Pluton »).


François Girardon :
Enlèvement de Proserpine par Pluton


Pierre Puget :
Persée et Andromède

-   Dans le midi de la France, les sculptures de Pierre Puget (surnommé le « Bernin français ») sont d’un style baroque affirmé, comme l’exprime parfaitement son « Persée et Andromède » tout en rondeurs et mouvement circulaire tendus.

-   Mais bien vite autour de la Cour de Louis XIV, les critères de l’art classique préconisé par l’Académie s’imposent à la sculpture.
-   Ainsi, les bustes-portraits de Coysevox, par leur réalisme, collent au Grand Siècle.


Coysevox :
Buste d'Antoine Coypel


Girardon : Apollon servi par les Nymphes

-   Même Girardon abandonne le baroque de ses débuts.
-   Les personnages de son « Apollon servi par les Nymphes » (Scène voluptueuse de 1668) situé dans une des grottes des jardins de Versailles, sont manifestement des interprétations de sculptures de la Grèce Antique.

 
Peinture : L'influence baroque

-   Comme en architecture et en sculpture, la peinture du Grand Siècle français passe par une phase d’hésitation (et même d’opposition) entre le baroque européen et le classicisme officiel imposé par Louis XIV.
-   Dans la mouvance baroque, loin des contraintes royales, Georges de La Tour installé en Lorraine est un amateur du clair-obscur de Caravage et des flamands. Il a souvent recours à la lumière d’une bougie pour éclairer des scènes naturaliste dans lesquelles s’exprime une grande sobriété.
-   Ainsi, son « Saint-Joseph charpentier » nous présente dans une lueur nocturne qui réduit toutes les nuances au rouge et au blanc, des personnages tout en attitude retenue.


La Tour : Saint-Joseph charpentier


La Tour : Madeleine à la veilleuse

-   La composition très élaborée de ses tableaux, ne laisse pas place aux émotions faciles.  Même si les scènes sont tirées de la vie humble, la réalité n’est pas rendue brute, mais figée en un instant sophistiqué que magnifient les effets de lumière et la sobriété du décor.
-   Dans sa «  Madeleine à la veilleuse », le nocturne  est d’une stylisation rigoureuse que n’exclut pas une recherche approfondie de la réalité comme le montre la nature morte à la bougie.

-   Tout comme de La Tour, Louis Le Nain reste en dehors de l’emprise officielle et introduit en France « les thèmes ruraux » chers aux peintres hollandais qui semblent l’avoir inspiré.
-   De ce fait, sa préférence va à la vie familiale et rurale qu’il exalte par des sentiments simples rendus au moyen de couleurs sobres, dont certains clairs-obscurs rappellent Caravage.


Louis Le Nain : Repas de paysans


Louis Le Nain : La charrette

-   Avec « La charrette », il donne à la vie champêtre une dignité humaine.
-   Notons que la disposition presque figée des personnages et les teintes assourdies, n’atténuent en rien la délicate émotion qui émane de cette composition pleine d’humilité.

 
Peinture : vers le clacissisme

-   Entre influence hollandaise et classicisme, Claude Lorrain oriente un certains temps la peinture française vers celle des paysages flamands. De ce fait, dans ses tableaux le paysage est primordial, et les personnages de simples figurants animant la scène.
-   Néanmoins la Grande Architecture, toujours représenté en un 2ème plan intermédiaire, donne une majesté classique à ses scènes maritimes.


Claude Lorrain : Embarquement de Ste Paule


Claude Lorrain : Débarquement de Cléopâtre

-   Dans cette optique, ses tableaux scénographiques, estinés à susciter l’émotion, idéalisent le panorama par des jeux de lumière et une profondeur de la perspective (3 plans : personnages – architecture grandiose – coucher de soleil lointain).
-   Ainsi, ses marines sont nimbées de magnifiques couchers de soleil.
-   Notons qu’après avoir été influencé par les hollandais, il les influence par retour (Ruysdael), et plus tard les anglais (Turner).

-   Nicolas Poussin (malgré son installation à Rome), tout en restant influencé par le baroque italien ambiant, s’inscrit dans la mouvance naissante de l’art classique français.
-   On le remarque dans « La Bacchanale » qui, malgré ses références à Titien, exprime un réel amour de l’ordre dans la représentation picturale.


Poussin : La Bacchanale


Poussin : L'inspiration du poète

-   Peu à peu, le classicisme de Poussin se tourne vers celui plus pur de Raphaël. Ainsi, on remarque dans « L’inspiration du poète » une composition parfaitement équilibrée avec :
    * Au centre Apollon drapé de rouge, une couleur chaude.
    * De chaque côté le poète et la Muse vêtues de couleurs froides qui s’opposent.
    * Un chromatisme clair et plus froid qui fait suite aux tons chauds de ses débuts.
-   Néanmoins ses références éclectiques persistent comme ici le ciel traité à la vénitienne.

 
Peinture : le clacissisme français

-   Philippe de Champaigne (l’un des premiers peintres de Cour inscrit à la nouvelle « Académie de peinture » créée en 1648) promeut par son style académique une rigueur destinée à magnifier la grandeur royale.
-   Ainsi son « Portrait de Richelieu », tout en traduisant l’intense personnalité du personnage (néanmoins avec une froideur toute contenue), magnifie la somptuosité du vêtement, la richesse des couleurs, et des formes puissantes dessinées par une lumière intense.


Philippe de Champaigne : Richelieu


Charles Lebrun : Le cortège du Chancelier Séguier


Charles Lebrun : Le cortège du Chancelier Séguier

-   A la Cour, avec Charles Lebrun la composition dictée par le classicisme devient la norme. Ses décorations du château de Versailles (extrêmement rhétoriques) y sont ainsi équilibrées de façon formelle.
-   Par contre, ses tableaux de groupe tel « Le cortège du Chancelier Séguier » avec la richesse des vêtements se réfère au faste du baroque italien.

-   Dans la lignée de Lebrun, Hyacinthe Rigaud peintre officiel de la cour de Louis XIV représente dans des attitudes très posées, le roi et les Grands drapés de somptueux manteaux.


Hyacinthe Rigaud : Louis XIV


Hyacinthe Rigaud : Le Président Gaspard

-   Mais ses portraits du début du XVIIIème siècle, annoncent par leurs extravagants tumultes d’étoffes brillantes, la surcharge du rococo en gestation.

-   Un peu à la marge de la peinture officielle, Pierre Mignard peint des portraits « privés » de femmes célèbres. Son style douceâtre et courtisan anime une sensualité quelque peu mièvre.


Pierre Mignard : Madame de Sévigné

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Proposé par Frédéric BARRON

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