Histoire de l'art : Le Baroque

Espagne du XVIIème siècle : Vélasquez

 

Architecture : façades d'églises

-  Malgré sa décadence politique, l’Espagne abandonne peu à peu les formes artistiques médiévales au profit du style baroque italien.
-   C’est en Andalousie que le baroque italien pénètre en Espagne. Ainsi, dans la façade de la cathédrale de Grenade articulée comme un arc de triomphe (1667 - Alonso Cano), les corniches horizontales sont contrecarrées par des arcs en plein cintre et des médaillons curvilignes qui cassent le rythme des lignes verticales et horizontales.


Grenade : cathédrale

 
Valence : santa Catalina

-   D’Andalousie, le baroque se diffuse dans toute l’Espagne. A Valence, les 2 derniers étages de la tour hexagonale de « santa Catalina » (1690) brillent de colonnes torsadées toutes en courbes (dites salomoniques) qui caractériseront le baroque espagnol à venir.

-   La façade de la cathédrale de Valence, avec ses surfaces concaves et convexes, s’inscrit parfaitement dans l’esprit baroque italien de Borromini et Bernini.
-   Pour dissimuler l’étroitesse de l’espace disponible, la façade apparaît habilement incurvée, ce qui lui communique un dynamisme certain.


Valence : cathédrale


Vinaroz : église paroissiale

-   A Vinaroz, le portail de l’église paroissiale reprend l’emploi des colonnes salomoniques de Valence.
.  Au-dessus, la corniche ondulée prend appui sur des consoles richement décorées dont les courbes baroques foisonnent.

-   La façade de Saint-Jacques de Compostelle par Fernando Casas (dont les lignes générales composées de lignes droites verticales et horizontales répondent encore aux schémas de la Renaissance) est d’une surcharge décorative toute baroque.
-   On constate que la scénographie donnée à sa décoration, confère une impression de broderie.


Casas : Saint-Jacques de Compostelle


Ribera : Hôpital de Madrid

-   Avec Ribera au début du XVIIIème siècle, la surcharge décorative explose, comme ici sur la façade de l’Hôpital de Madrid.

 
Décor intérieur des églises

-   A l’intérieur des églises, l’esprit baroque destiné à émouvoir s’en donne à cœur joie dans la profusion des courbes, des surcharges décoratives et du luxe des matériaux (marbres, or…).
-   Ainsi, le retable de San-Esteban à Salamanque (1693) apparaît comme une synthèse du baroque espagnol avec l’expression :
   * L’horreur de la logique classique.
   * Le goût pour la profusion des ornements et des dorures (l’or volé des Amériques).
   * Le rythme dynamique des formes courbes.
   * L’expressionnisme exagéré des sculptures.
   * La décoration foisonnante des colonnes salomoniques.


Salamanque : retable de San Esteban


Grenade : la Chartreuse

-   L’intérieur de la chartreuse de Grenade offre une profusion ornementale.
-   Les formes courbes concaves et convexes animent tout l’ensemble. Les filets de stucs et les moulures compliquées créent l’ambiance voluptueuse tant voulue par l’esprit de la Contre-réforme.

-   Quant au retable polychrome de la cathédrale de Tolède (par Narciso Tome – 1726), il explose des lignes courbes caractéristiques du baroque, d’un ondoiement ininterrompu qui sont telles qu’elles annoncent le « rococo » à venir.


Tolède : retable de la cathédrale

 
Sculpture

-   La sculpture religieuse se sépare de tout ce qui restait de la Renaissance afin de traduire avec des accents pathétiques :
   * Une sensibilité exacerbée.
   * Des émotions intenses.
   * Des visions dramatiques de la mort, de la misère et de la gloire.
-   Gregorio Hernadez personnalise parfaitement cette ambiance d’exaltation. Son « Christ gisant » (1605) est d’une puissance émotionnelle qui atteint au pathétique.


Gregorio Hernadez : Christ gisant


Gregorio Hernadez : Pietà

-   Sa « Pietà » oppose le geste dramatique de la Vierge à la douloureuse sérénité du Christ.
-   Notons l’utilisation violente d’une polychromie très affirmée, caractéristique de la sculpture espagnole.

-   Juan Martinez Montañes perpétue ce style torturé comme on peut le voir dans son « Christ en croix ».


Juan Martinez Montañes :
Christ en croix

 
Peinture

-    La peinture religieuse espagnole du XVIIème siècle, afin de suivre les préceptes de la contre-réforme (sensibilisation des foules), devient foncièrement réaliste, presque brutale, souvent accentuée par le contraste « ombre-lumière » de l’italien Caravage.
-   Désormais, place est faite au portrait qui se doit porteur d’une expression paroxystique. Dans ces conditions, le paysage en est presque totalement absent.


Ribera : Saint André


Ribera : Martyre de Saint Philippe

-   Ainsi, Ribera (installé à Naples alors espagnole) se plait à peindre les dures réalités de la vie, les chairs émaciées vêtues de haillons, le tout dans un réalisme où s’entremêle la lumière et les ténèbres baroques.
-   Dans « Le Martyre de saint Philippe » (1639), même retenue l’outrance représentée est pathétique. Les personnages annexes, soit indifférents, soit surpris, ne sont que des faire-valoir de la douleur du supplicié dont le corps concentre toute la lumière du tableau.

-   Avec Zurbaran, la vie monacale est mise à l’honneur.
-   Il se sert des effets « d’ombre et de lumière » (à la manière de Caravage) pour rendre de façon naturaliste la simplicité de l’ambiance monastique. Sa peinture se caractérise par :
   * Des personnages solidement modelés.
   * Des vêtements traités avec une grande intensité plastique.

   * De forts contrastes lumineux entre la blancheur des lourdes bures des moines qui se détachent sur des fonds sombres.


Zurbaran : L'Art de l'écriture


Zurbaran : Saint Serapion

-   « Saint Serapion », avec ses violents contrastes de lumière, sa qualité des drapés et la sobriété de la composition, caractérise cette atmosphère paisible.

-    Avec Murillo, non seulement l’influence de Caravage se fait sentir à travers l’utilisation du clair-obscur, mais également à travers les thèmes qui mettent en avant la misère du peuple.
-   En effet, tout en peignant d’une part d’aimables tableaux religieux (dont les références sont nombreuses : Le Corrège ; Zurbaran ; etc.), il peint en parallèle l’enfance abandonnée et misérable qu’il côtoie à Séville.
-   Ainsi dans « Enfant mangeant des fruits », cette misère populaire vibre à travers :
   * Une émotion dramatique.
   * Une technique vaporeuse.
   * Une lumière chaude.


Murillo : Enfants mangeant des fruits


Murillo : Le bon Pasteur

-   « Le Bon Pasteur » est un bon exemple d’un thème religieux que Murillo traite comme une scène de genre, avec ce gamin pris dans « le peuple ».

 
Vélasquez

-   Au début de sa carrière à Séville, Vélasquez se place dans le courant « réaliste » initié en Italie par Caravage (jeux d’ombre et de lumière), et propagé en Espagne par Zurbaran :
   * Aspect vestimentaire contemporains.
   * Importance égale donnée aux personnages et aux éléments mineurs (corbeille de fruits, fleurs ; etc.)
-   « 
La Vieille faisant frire des œufs » en est un exemple qui révèle une grande maîtrise du clair-obscur, sans l’affectation chère à Zurbaran.


Vélasquez : La Vielle faisant frire des oeufs


Vélasquez : Les Buveurs

-   Monté à Madrid en 1621, Vélasquez devient portraitiste du roi en 1623, ce qui ne l’empêche pas de continuer à visiter les styles des artiste du moment.
-   Ainsi, le thème des « Buveurs » (1628) n’est pas sans rappeler Rubens. Néanmoins, à la manière de Caravage, il en fait une scène de beuverie populaire faite de paysans, et baignée de clair-obscur.

-   A partir de 1631 (après un voyage en Italie), Vélasquez commence à rajeunir la formule figée du portrait de cour en lui donnant une forme plus expressive et naturelle.
-   Ainsi, dans « Le Portrait équestre du Comte d’Olivares » (1635), les vastes fonds indécis ont une apparence de plein air qui donnent vie à la scène. Les coloris dans les tons verts, ocre, carmin et bleus, abandonnent le clair obscur caravagesque et s’ouvrent à la lumière extérieure.


Vélasq
uez :
le Portrait équestre du Comte d’Olivares


Vélasquez : Les Ménines

-   Désormais, Vélasquez se consacre presque exclusivement à la peinture de cour.
-   Avec « Les Ménines » (1656), jouant avec de subtiles gradations chromatiques et des effets de lumière centrées sur l’infante (retour au style de Rembrandt), il propose une surprenante représentation dont le thème mêle réalisme et questionnement quant à la scène. De ce fait, l’espace pictural et l’espace réel se confondent.
-   Le tableau divisé en 4 plans successifs contribue fortement à cette impression énigmatique :
   * L’infante, ses « Ménines », 2 nains et 1 chien.
   * 2 courtisans.
   * Un miroir dans lequel se reflète le couple royal.
   * Une porte ouverte.
-   Désormais, Vélasquez ne peint que des portraits de la famille royale, dans un style peu évolutif.

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Proposé par Frédéric BARRON

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