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Je suis debout dans la ville, et je
pense : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Apparemment j’ai
oublié tout cela. Et la ville, c’est justement le centre de l’oubli au
cœur de la mémoire, elle étale son grand caniveau de mémoire à la
surface de la terre.
Je suis dans cette ville, perdu dans
les remous du flot humain, tel un morceau de bois flottant sur l’eau.
Ce serait bien si l’oubli constituait
le centre de la vie.
Comme ça nous ne possèderions que
l’avenir, il n’y aurait pas d’hier, il n’y aurait qu’aujourd’hui et
demain.
Le langage, c’est le pays de
l’existence, c’est aussi le pays de l’oubli. Quelquefois, quand deux
personnes se parlent, les paroles ne font que les frôler et personne ne
comprend ce qu’a dit l’autre.
De l’espace, j’ai besoin d’un espace de
liberté, mais elle a rempli toute ma vie. Ce qui me manque justement,
c’est peut être la solitude.
Oublier est une des meilleures manières
de soigner une blessure, de l’effacer peu à peu des méandres du cerveau
en lissant sa cicatrice, pour que les souvenirs passent du rouge vif au
rouge sombre, puis sombrent dans le néant. |