Citations

Marcel Proust

 

Du côté de chez Swann

Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.

Ce que je reproche  aux journaux, c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes, tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles.

Il ne cherchait pas à trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais à passer son temps avec les femmes qu’il avait d’abord trouvées jolies.

Que de bonheurs possibles dont on sacrifie la réalisation à l’impatience d’un plaisir immédiat !

Tâchez de garder toujours un grand morceau de ciel au-dessus de votre vie… Ne la laissez pas manquer de ce qu’il lui faut.

On cherche à retrouver dans les choses devenues précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles…

 
Le côté de Guermantes

Il n’y a que l’imagination et la croyance qui peuvent différencier des autres certains objets, certains êtres, et créer une atmosphère.

Mais la première, Françoise me donna l’exemple que la vérité n’a pas besoin d’être dite pour être manifestée, et qu’on peut peut-être la recueillir plus sûrement, sans attendre les paroles et sans tenir même aucun compte d’elles, dans mille signes extérieurs.

Savoir qu’embrasser les joues d’Albertine était une chose possible, c’était pour moi un plaisir peut-être plus grand encore que celui de les embrasser.

 
La fugitive

Nous n’arrivons pas à changer les choses selon notre désir, mais peu à peu notre désir change.

On aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit ; alors, dans les longues heures d’espérance ou de tristesse, on fabrique une personne, on compose un caractère.

Certes nous ignorons la sensibilité particulière de chaque être, mais d’habitude nous ne savons même pas que nous l’ignorons, car cette sensibilité des autres nous est indifférente.

 
A l'ombre des jeunes filles en fleur

Nos désirs vont s’interférant et, dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé.

Car nous seuls pouvons, par la croyance qu’elles ont une existence à elles, donner à certaines choses que nous voyons une âme qu’elles gardent ensuite et qu’elles développent en nous.

Mais le génie, même le grand talent, vient moins d’éléments intellectuels et d’affinement social supérieurs à ceux d’autrui, que de la faculté de les transformer, de les transposer.

Ceux qui produisent des œuvres géniales… sont ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareil à un miroir, de telle sorte que leur vie, si médiocre d’ailleurs…, s’y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété.

Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.

La plus grande des sottises, c’est de trouver ridicules ou blâmables les sentiments qu’on n’éprouve pas.

 
La prisonnière

M’ennuyer, fréquenter des imbéciles, feindre, avoir l’air de les trouver intelligents, ah ! non, je ne peux pas.
 
Sodome et Gomorrhe

Mais quelquefois l’avenir habite en nous sans que nous le sachions, et nos paroles qui croient mentir dessinent une réalité prochaine.

J’aurais dû partir ce soir là sans jamais la revoir… j’aurais dû quitter Balbec, m’enfermer dans la solitude, y rester en harmonie avec les dernières vibrations de la voix que j’avais su rendre un instant amoureuse.

 

Proposé par Frédéric BARRON