Pensée antique chinoise
Un panorama sur l'origine de la pensée chinoise.
Un déroulement qui suit le merveilleux livre de Marcel Granet : " La pensée chinoise " (Albin Michel).

1 - Expression de la pensée
2 - Temps et Espace
3 - Yin et Yang
4 - Nombres
5 - Tao
6 - Organisation du Monde
7 - Art de gouverner : de l'Etiquette à la Loi des légistes
8 - Devoir social : Mö tseu (Mozi)
9 - Taoïsme : Lao tseu (Laozi) ; Tchouang tse (Zhuangzi)...
10 - Confucianisme : Confucius ; Mencius...


1 - Expression de la pensée
La langue chinoise depuis son origine offre peu de commodités pour l'expression abstraite des idées. Elle n'apparaît point organisée pour noter des concepts, analyser des idées, exposer discursivement des doctrines.
Par contre, elle possède une force admirable pour communiquer des attitudes sentimentales, pour suggérer des conduites, pour convaincre, pour convertir.
Elle vise avant tout à agir. Elle prétend moins à informer clairement qu'à diriger la conduite.

Dans cette optique, le mot en chinois est bien autre chose qu'un signe servant à noter un concept.
Il ne correspond pas à une notion dont on tient à fixer de façon aussi définie que possible, le degré d'abstraction et de généralité.
Le mot chinois évoque plutôt un ensemble d'images particulières. Il est figuratif, et possède un grand pouvoir d'expression concrète.

Dès lors, Il apparaît que les mérites de l'écriture chinoise sont d'un ordre pratique et non pas intellectuel.
Par exemple, cette écriture peut être utilisée par des populations parlant des dialectes différents, le lecteur lisant à sa manière ce que l'écrivain à écrit en pensant à des mots de même sens, mais qu'il peut prononcer de façon toute différente.

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2 – Temps et Espace
Dans la philosophie chinoise, le Temps n’est pas conçu sous l’aspect d’une durée monotone, mais plutôt comme un ensemble de saisons et d’époques.
De même, l’Espace n’est pas considéré comme une étendue simple, mais plutôt comme un ensemble complexe de climats (saisons) et d’orients (
est de couleur verte, sud de couleur rouge, ouest de couleur blanche, nord de couleur noire, et centre de couleur jaune).
On a donc un Temps qui se décompose en époques finies, et un espace qui lui, décompose le monde (par définition clos) en un ensemble de territoires.

Il est intéressant de noter que l’espace est par principe carré, et le temps rond. Ce sont là les formes pures de l’étendue et de la durée.
Toutes les autres formes ne sont que les symboles d’une interaction particulière de l’Espace et du Temps.
D’autre part, l’étendue et la durée n’existent vraiment que là où la société est socialisée.  Soumises à la nécessité d’une création périodique (saisons successives ; territoires consécutifs) elles émanent d’une sorte de centre : le centre du carré.

Enfin, le Temps et l’Espace ne sont jamais considérés comme deux entités indépendantes, mais solidaires l’une de l’autre.
Se distribuant chacun en durées ou en étendues qui s’opposent et alternent, ni l’Espace ni le Temps ne sont un, pas plus qu’ils ne peuvent se concevoir séparément. Ils forment à eux deux un ensemble indissoluble.
Ce principe loin d’être incohérent, est commandé par un principe d’ordre qui se confond avec le sentiment d’un rythme cyclique (Temps décomposé en durées pourvues d’attributs saisonniers ; Espace divisé en lieux hiérarchisés, du centre aux extrémités de tout carré).

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3 – Yin et Yang
Le mot Yin évoque l’idée de temps froid et couvert, de ciel pluvieux, du versant nord de la montagne, de ce qui est intérieur et sombre, de ce qui est féminin.
Le mot Yang éveille l’idée d’ensoleillement et de chaleur, de jours printaniers, du versant sud de la montagne, de ce qui est extérieur et lumineux, de ce qui est masculin.
Le mots Yin et Yang évoquent donc des aspects opposés et concrets du Temps et de l’Espace. Ce sont des emblèmes pourvus d’une puissance d’évocation indéfinie et totale.

Mes les mots Yin et Yang ne servent pas seulement à désigner des entités antagonistes.
Ils forment en plus un couple d’activités alternantes (celles qui commandent l’activité des hommes et président à la vie de l’Univers).

On retrouve dans le Yin et le Yang, les notions de diversité du Temps (des durées) et de diversité de l’Espace (des étendues) qui ne peuvent pourtant se concevoir séparément puisqu’un même rythme les lie.

De même on retrouve dans le Yin et le Yang les formes anciennes de l’opposition des sexes, (les hommes et les femmes s’opposant alors à la manière de deux corporations concurrentes), qui pourtant ont vocation à se lier dans un même rythme.

(En aparté, on remarque que suivant ce principe, dans la pensée, comme dans la langue chinoise, il n’y a ni féminin, ni masculin. En revanche, toutes les choses, toutes les notions sont réparties entre le Yin de nature féminine, et le Yang de nature masculine.)

On peut donc dire que le Yin et le Yang, leur opposition, l’ordre rythmique qu’ils évoquent, sont le fondement de l’ordre universel.

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4 – Nombres
Liés aux éléments, les nombres ne peuvent s’imaginer sans qu’on ne les relie à des espaces et des temps concrets. Cette impossibilité de les concevoir en dehors de l’Espace-Temps concret qui forme la trame de l’Univers fini, a pour conséquence d’arracher les nombres à la disposition linéaire abstraite.
Il n’y a donc pas de conception arithmétique de l’unité. Les nombres ne sont pas rangés dans une série continue formée par additions successives de 1.

De se fait la série numérique n’est pas considérée comme illimitée. Elle est plutôt imaginée comme un ensemble de séries finies capables de figurer des cycles.

Attribuer un rang à un nombre qui  ne soit qu’un rang, ou établir un décompte du seul point de vue de la quantité, n’a pas de sens. Les nombres n’ont pas pour fonction d’exprimer des grandeurs. Ils servent à ajuster des dimensions concrètes aux proportions de l’Univers. On les emploie à intégrer les choses dans le système que forme l’Univers. Les choses en effet ne se mesurent pas ; elles ont leurs propres mesures ; elles sont leurs mesures.

Ce système général de classification consiste en une combinaison d’équivalences établies entre les Saisons, les Orients, les Couleurs, les Saveurs, les Eléménts et les Nombres. Par exemple le nombre 5 représente la Terre. Il occupe le point central du carré qui définit la place du chef.
Les 5 Eléments constituent un total, une série finie. A chacun d’eux correspond une valeur numérique. 1 : Eau - 2 : Feu - 3 : Bois - 4 : Métal - 5 : Terre. 1, 2, 3, 4 et 5 doivent donc être regardés comme des indices spécifiant la valeur des différents éléments.
Avec 6 : Ciel – on aboutit à l’union centrale du Ciel et de la Terre.

Dès lors, des nombres tels 5 ou 6 (qu’on affecte au Centre) servent surtout à symboliser des modes de répartition. Les techniciens et les musiciens les ont employés  pour exprimer (et non pas pour mesurer) des rapports, ou des angles. L’arithmétique ne s’est point transformée en science de la quantité, mais est demeuré au service d’une géométrie adaptée à l’Espace-Temps.

(En aparté, on remarquera la raison de la toute puissance de la tortue. Avec  sa base carrée qui rappelle la Terre et ses 5 éléments,  et sa partie ronde qui évoque le ciel, elle représente l’union du Ciel et de la Terre, image parfaite de l’Univers.)

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5 – Tao
Dans la pensée chinoise première, rien ne se crée dans le monde, et le Monde n’a pas été créé.

De ce fait, le Tao ne représente pas un élément créateur, mais plutôt un complexe d’idées dans lequel se retrouvent les notions d’Ordre, de Totalité, de Responsabilité, d’Efficacité.
Le Tao n’exprime pas une cause première, mais l’Ordre efficace qui domine l’ensemble des réalités apparentes (tout en restant, quant à lui, rebelle à toute réalisation déterminée.)

Le Tao n’est donc ni substance, ni force. Il joue le rôle d’un pouvoir régulateur. Il ne crée point les êtres : il les fait être comme ils sont. Il règle le rythme des choses. Toute réalité est définie par sa position dans le Temps et l’Espace.
Dans toute réalité est le Tao, et le Tao est le rythme de l’Espace-Temps.
Concevant le Tao comme un principe d’Ordre qui régit indistinctement l’activité mentale et la vie du Monde, les changement qu’on peut constater dans le cours des choses sont identiques aux substitutions de symboles qui se produisent dans le cours de la pensée.

Voilà pourquoi le Tao évoque la voie à suivre, la direction à donner à la conduite afin de la rendre la plus régulière et la meilleure possible (à l’image de celle du sage ou du souverain.)

Le Tao, c’est la Vertu propre à l’honnête homme.

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6 – Organisation du monde
Dans la pensée chinoise première, non seulement le Monde n’a pas été créé, mais de plus son Histoire ne commence pas avant celle de la Civilisation. Un Ordre unique préside à la vie, et de plus il lui imprime la civilisation.
De ce fait, le Temps tout entier appartient aux Hommes et à l’Histoire. Qui connaît l’Homme connaît le Monde, sa structure et son Histoire.
Nul besoin alors de constituer des sciences spéciales : le savoir est un.

On le voit, Il y a en tout des correspondances. L’ordre du Monde n’est point distingué de l’ordre de la Civilisation. Savoir, alors, c’est pouvoir. Les Hommes n’ont besoin  que de modèles car les choses sont comme eux.

Par conséquent, l’Homme doit tout à la Civilisation : l’équilibre, la santé, la qualité de son être.
Voilà pourquoi dans l’antique civilisation chinoise, l’essentiel de la politique est cet art grâce auquel est aménagé le Monde par application des règles sociales et de l’étiquette.
Tous les comportements des Hommes sont dictés et enseignés par Le Savoir et les Règles. Tout Homme serait rebelle et fauteur de désordre s’il contrevenait aux moindres prescriptions de l’étiquette. L’étiquette est la seule loi. C’est grâce à elle que se réalise l’ordre de l’Univers. Elle doit commander chaque geste, chaque attitude.
Respecter les distinctions protocolaires et l’harmonie traditionnelle permet aux Hommes d’intégrer le Monde.

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7 – Art de gouverner : de l’Etiquette à la Loi des légistes
On a vu que dans la Chine antique, ce qui justifie l’empire de l’Etiquette, c’est l’efficacité qu’on lui prête.
Il n’y a d’ordre dans les choses et dans les pensées que si le Chef pour qui la parole est acte, ne qualifie rien à la légère et n’investit personne sans se conformer au protocole. Chacun doit faire effort pour conformer sa tenue à son statut, c'est-à-dire au rang et au nom dont il est investi. Nul ne doit sortir de ses attributions.
Quand l’étiquette s’étend à tout, les attributions de chacun demeurent fixes. Changer la moindre chose, c’est tout changer. Capter le moindre signe de changement, c’est saisir l’occasion d’un changement total, au risque de destruction.

Or la Chine s’agrandit, se peuple. Les Politiciens à l’époque des royaumes combattants (Vème – IIIème avant notre ère) affirment que pour diriger un grand état, Il faut partout rechercher l’avantage. Le mérite qu’on a à se conformer aux coutumes ne suffit plus à élever un homme, le prince, le pays.
Pour eux, gouverner ce n’est pas se laisser aller au seul cours des choses. Ils instaurent l’idée qu’il faut tenter le sort, ne pas seulement suivre les règles coutumières.
Ainsi, les Politiciens diminuent l’emprise de la coutume, de l’Etiquette, rendent l’esprit chinois moins rebelle à l’idée de Loi.

Dès lors, la Loi devient l’apanage des Légistes.
Pour eux, ce qui autorise à déclarer la Loi souveraine, c’est le rendement de la pratique administrative, nécessaire pour un état qui s’agrandit et a besoin d’organiser le territoire, l’armée, l’économie.

Désormais les ordres du Prince font la Loi. Toute coutume devient sans valeur devant la volonté du Prince.
Avec un risque ; car publier la Loi, c’est avouer que la Vertu du Prince ne suffit pas à empêcher le crime. C’est donc renoncer à fonder l’autorité sur le prestige que nourrit l’Etiquette.

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8 – Devoir social : Mö tseu
La pensée de Mö tseu poursuit celle des légistes, mais avec plus de brutalité puisque, s’attaquant à l’esprit d’individualisme et à l’esprit de clan, il prône un principe d’autorité défini sans restriction.
Pour Mö tseu, si les hommes sont sortis de l’anarchie, c’est qu’à un moment ils ont accepté de s’en remettre pour toutes choses aux décisions d’un Chef. L’autorité de celui-ci ne peut donc être discutée sous peine de voir l’humanité retomber dans l’anarchie.
C’est donc le Chef qui est seul apte à déterminer le licite et l’illicite. Il faut se soumettre totalement et constamment à sa volonté car il ne peut y avoir de bonnes mœurs si son pouvoir de coercition se trouve limité.

Dans sa vision autoritaire de la Société, les principes prônés sont : s’opposer au goût du luxe, éviter la dilapidation, ne point chercher la splendeur dans les nombres et les mesures protocolaires, se soumettre à des règles strictes, se préparer aux difficultés de la vie.

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9 - Taoïsme : Lao tseu ; Tchouang tseu...
A l’éloge de la contrainte rituelle, à toute morale de l’étiquette, de l’honneur, du sacrifice ou du devoir social, les taoïstes ont répondu par un plaidoyer en faveur de la liberté pure qui pour eux se confond avec la pleine puissance de la sagesse.

Le taoïsme est une sorte de quiétisme naturaliste qui se rattache expressément au vieil idéal de la longue vie.
Puissance pure, puissance libre, un sage n’est que vie. La sagesse c’est l’art de ne pas mourir.

Pour cela, il faut que chacun retrouve en soi l’Homme naturel et la Nature en redevenant soi-même, car l’Homme ne forme pas un règne dans la Nature vu qu’il y a Unité du Monde.
La méditation solitaire est l’unique voie du savoir et du pouvoir. Elle révèle à l’Homme ce qu’il est, ce qu’il peut demeurer. Elle n’a pas pour fin la seule connaissance. Elle purifie et elle sauve. Connaître autrui n’est que science ; se connaître soi-même c’est comprendre.

Néanmoins, en voulant fonder la sagesse sur la connaissance de l’homme, les taoïstes sont des politiques, voire des réformateurs. Mais pour eux, en politique le seul principe, l’unique règle en morale c’est l’autonomie sans nulle restriction.
Il ne doit pas y avoir de conducteur d’hommes, de morale valable, de politique efficace.

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10 – Confucianisme : Confucius, Mencius...
La pensée confucéenne, rejetant toute spéculation sur l’Univers, se confond avec un idéal de perfection qui ne peut être obtenue que par la pratique de vertus purement humaine car seule la perfection morale conduit à la connaissance vraie.
Dans ce contexte, l’Homme est l’objet propre du savoir. C’est donc par le Savoir que l’Homme atteint la perfection.

Ce Savoir s’acquiert au contact des autres Hommes, dans une société policée, par une recherche de connaissance, de culture, de contrôle, de perfectionnement poursuivi en commun, par une culture humaniste grâce à laquelle l’Homme se constitue en dignité..

Dès lors, il y a identification entre culture humaine et bien public. L’Homme doit être éduqué car c’est seulement chez les Hommes éduqués que les qualités deviennent excellentes.
En effet, l’excellence du cœur dépend de l’éducation, et celle-ci du statut de vie. Elle n’est point innée. Le bien qui est dans l’Homme n’appartient pas à sa nature. Seule la société est capable de tirer de l’homme brut, des individualités morales.

Pour cela il faut suivre les rites car ils permettent de supprimer les discussions et les désordres, les disputes et l’anarchie. Ils introduisent dans l’esprit le calme qu’ils font régner dans la société. De ce calme résulte la connaissance vraie qui est le signe que l’esprit est entièrement ouvert à la raison.
Il s’agit de s’astreindre à ne jamais porter sur autrui que des jugements équitables, impartiaux, réversibles : ce que vous ne désirez pas qu’on vous fasse, ne le faites pas à autrui.
La sagesse confucéenne est une sagesse du juste milieu.

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Proposé par Frédéric BARRON